SOLSTICE


j’avais dit Ă  solstice je brĂ»lerai une torche pour DĂ©mĂ©ter une torche pour l’Inconscient mes chers parents puis une aussi pour Tony Soprano et ça s’est fait

c'est solstice vercors

[VOLUME 1]


j’ai dans ma garde-robe des vĂȘtements de proches depuis longtemps disparus et les seuls que j’achĂšte depuis des annĂ©es sont de dinosaures inconnus aux puces Ă  cĂŽtĂ© de chez moi – les tissus les couleurs les motifs et les coupes d’antan qu’on peut porter directement sur sa peau de dinosaure c’est quand mĂȘme autrement mieux que la nostalgie ou les photographies – de quoi sont inquiĂštes les infatigables victimes de la mode ça m’échappe c’est tellement reposant de sentir que son corps enfin se calme Ă  l’intĂ©rieur d’oripeaux dĂ©classĂ©s

je voulais pas dire ça je voulais parler du cd de NON – puis j’ai pensĂ© aux dinosaures – puis j’ai pensĂ© Ă  Jean-Luc Godard – puis au superbe argumentaire de vente que j’avais Ă©crit pour le cd : ‘du son de NON en 2010 : lectures / improvisations & montages : 8 plages : 20 minutes : les cd sont les mĂȘmes : les boĂźtiers sont tous diffĂ©rents : NON peut les faire sur mesure et sur commande’ – les cd qui restent commencent Ă  se dinosaurer – mais capitalisation et braderie gĂ©nĂ©ralisĂ©es ne les auront pas – ces 8 petites plages d’un temps pourtant peu reculĂ© oĂč la lenteur Ă©tait cultivĂ©e – au lieu de les laisser prendre de la poussiĂšre ou de la valeur NON les met aux puces avec bonheur : les donne Ă  qui les veut

cd NON #1cd NON #1 verso

‘la petite plage numĂ©ro 7’

W : PAGE 81


Tout avait Ă©tĂ© si nouveau cette rentrĂ©e 2010, c’était excitant. Je voulais comprendre ce qui s’était passĂ©. Si j’avais Ă©tĂ© peintre sur la page de gauche j’aurais dessinĂ© mon cerveau ça m’aurait pris quinze ans et sur la page de droite en deux coups de crayon j’aurais dessinĂ© mon ventre. D’un cĂŽtĂ© j’aurais bĂ©gayĂ© de l’autre j’aurais criĂ©, j’aurais aimĂ© que ça me convienne mais je n’ai pas choisi d’ĂȘtre peintre. J’avais et j’ai toujours besoin de ponts entre les pages de ma vie, les ponts Ă  la ligne limpide sont lents et complexes, j’ai besoin de ponts j’ai besoin d’explications, j’ai encore besoin de regarder ce qui m’arrive m’ĂȘtre arrivĂ© et tenter de m’expliquer comment ça m’est arrivĂ©. Sachant mĂȘme que rien ne peut ĂȘtre moitiĂ© aussi puissant que ça l’est au moment oĂč ça ne fait qu’arriver, quand prĂ©cisĂ©ment les choses sont indicibles, inexplicables, et qu’on ne cherche d’ailleurs ni Ă  les dire ni Ă  les expliquer, je cherche encore la vĂ©ritĂ© des choses ailleurs que dans les choses elles-mĂȘmes. Dans autre chose. Leur prolongement, qui est aussi leur prolongation. Ou leur Ă©longation. Et mon Ă©loignement. Si comme j’y tiens long va avec loin et va avec lorgner.

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