LE DANCING FLOOR


‘lettre à mesdames et lettre à messieurs’

drunken floor

pour Catie de Balmann

Semblants et usage de semblants est un espace de travail qui mĂȘle fiction et rĂ©alitĂ© et pour lequel j’ai embauchĂ© un acteur/tueur que j’appelle Ă©crivain-performeur, Corinne Lovera Vitali.
Je lui ai passĂ© commande de lettres que je dois adresser aux dĂ©cideurs du milieu artistique, le propos Ă©tant de jouer des usages auxquels je suis rĂ©guliĂšrement confrontĂ©e – lettres de recommandation, cooptation, arrangements entre amis, renvois d’ascenseur
 pour l’appui d’un dossier de rĂ©sidence ou de bourse, la proposition d’une piĂšce Ă  un comitĂ© d’acquisition, une publication
 –, au besoin en usurpant une identitĂ©.
clv a acceptĂ© mon contrat en me proposant d’écrire Ă  sa maniĂšre, sans plagier, des lettres qui recommandent mon travail en se rĂ©fĂ©rant aux plus grands, sauf que contrairement Ă  l’usage elle ne se rĂ©fĂšre pas Ă  leurs Ă©crits et travaux, tellement citĂ©s qu’ils en sont rĂ©duits au rĂŽle d’icĂŽnes passe-partout, mais Ă  leurs paroles, souvent transmises par des tiers, dans une intimitĂ© rapportĂ©e – des sortes de ‘souvenirs de souvenirs’.
Ce sont donc des lettres qui parlent, directement, ‘à travers le temps et l’espace’, aux professionnels qui, parce qu’ils connaissent de l’intĂ©rieur les codes et pratiques en vigueur, sauront Ă©galement dĂ©coder avec humour les miens – tout en Ă©tant eux-mĂȘmes acteurs de ce nouvel espace de travail, ces ‘scĂšnes virtuelles’ qui feront ultĂ©rieurement l’objet d’une autre performance
 (C. de B.)

CE QUE JE RETIENS : 23/71

 
3 échafaudages de secours
– distractions
– drogues (t’insensiblisent Ă  ta misĂšre)

27 piliers d’autodĂ©fense
– rire de tout tout le temps
– appeler au secours un passant
– anticiper-Ă©viter
– projection rĂ©gression somatisation
– action

 4 types d’attachement
– sĂ©cure
– Ă©vitant
– ambivalent
– dĂ©sorganisĂ©

 10 principes de l’attachement
– on peut bien sĂ»r prĂ©dire la dĂ©tresse liĂ©e Ă  la sĂ©paration
– l’isolement et la perte sont bien sĂ»r des traumas
– avoir peur active le besoin d’attachement bien sĂ»r 

 7 péchés capitaux
– mensonge
– colĂšre
– mensonge

 10 commandements
– tu ne me mens plus jamais
– je ne me mets pas trop en colĂšre
– personne ne tue personne

 7 merveilles du monde

 3 échafaudages de secours
– diversions (fortes)
– satisfactions (de substitution)
– stupĂ©fiants (te rendent insensibles un temps Ă  ta misĂšre)

top 13 de la vengeancetop 13 de La Vengeance de la pelouse

TOP 5


– Sais-tu j’ai Ă©crit deux jours de suite ‘Molle clv’ pour ‘Mlle clv’ et ‘quant Ă  mol’ pour ‘quant Ă  moi’, alors que je n’ai jamais Ă©tĂ© aussi ferme, je veux dire en tant que patate fille. Regarde, je tiens mĂȘme trĂšs Ă  jour le top 5 des lapsus clavier :
1 ĂȘtre oubliĂ©e pour publiĂ©e
2 le maton j’ai mauvais rĂȘves
3 si Katia ne pute pas
4 et 5 au lieu du chĂąteau-fort j’ai Ă©crit le chĂąteau-frit de Tom, puis dans la foulĂ©e Tom m’a dit que j’étais youthful j’ai entendu useful et ça m’a fait tellement plaisir, ça m’a fait me sentir ĂȘtre la petite-fille de Louise Bourgeois qui parle tout le temps de ‘ĂȘtre utile’. Louise a dit aussi que c’était ‘une constatation trĂšs triste’ mais qu’elle ne pouvait aimer que les gens qui l’aidaient. Toutefois je n’ai jamais lu dans ses propres paroles qu’elle avait fait le pont-levis entre son dĂ©sir d’ĂȘtre elle-mĂȘme utile et le conditionnement de son amour. Si je fais le pont moi, en passant dessus aprĂšs Louise, si je fais cette constatation pas triste du tout qu’ĂȘtre utile est utile Ă  l’amour dans les deux sens, alors je me vois petite fille Ă  la poitrine pas plus ronde que des creux poplitĂ©s et cependant so useful, puis je me vois mourir so youthful comme Louise Ă  99 ans. Ce n’est pas aussi fiable que la gĂ©omĂ©trie chĂšre Ă  Louise, mais c’est fort utile aussi Ă  connaĂźtre la date de sa mort, ça fait une ligne brisĂ©e, avec la poitrine plus ou moins plate plus ou moins gonflĂ©e plus ou moins esseulĂ©e, une sorte d’escalier de 1960 Ă  2059, mais ascendant. Oui. Tu as raison. Il y a le temps.

zingari

LE JOUR OÙ JOHNNY M’A PERDUE


Il y a eu un jour oĂč Johnny a perdu moi. À jamais bien que fontaine etc. Ă  jamais plus eau de fontaine de moi Johnny ne boira. Mon affection pour lui qui Ă©tait vivante d’un jour est morte tuĂ©e par violence car c’est ce que violence fait elle tue. Auparavant il y avait eu l’agonie. Auparavant lentement je m’apercevais dĂ©jĂ  que l’estime dans laquelle Johnny me tenait au lieu de me tenir me lĂąchait des petits pets Ă  la figure, des pets embaumĂ©s mais c’était fort dĂ©sagrĂ©able c’était trĂšs inconfortable je perdais le confort de l’estime de Johnny ça me lĂąchait tout en gonflant les pectoraux je ne le reconnaissais pas le Johnny. Puis il y a eu le jour oĂč il m’a poussĂ©e du petit podium de l’amie de cƓur jusque dans la tombe d’une rien du tout.

Ce n’était pas qu’un cas ordinaire de brouille ou de contentieux, de dispute de fĂąchage et autres simagrĂ©es de la mitiĂ©. Cette mite rare, c’est pour moi la premiĂšre fois, cette mite-lĂ  c’est Ă  peine croyable je jure elle ne tient pas Ă  moi. Je jure je n’ai rien fait cette fois il ne s’est rien passĂ© c’est tout l’autre cette fois. C’est Johnny. Il a choisi de me perdre plutĂŽt que de rĂ©pondre Ă  mon appel au secours. Ce que je vais dire est vilain on pourrait l’attraper en gourdin pour dĂ©fendre pauvre Johnny mais ce serait se tromper lourdement attention je prĂ©viens puis je dis dans la grille de Johnny, colonne carriĂšre, rubrique avancement, je n’apparaissais plus cochĂ©e comme depuis dix ans Ă  la sous-rubrique utilisable en vue de promotion, par suite d’une part de son rĂ©cent avancement, par suite d’autre part de cet appel au secours (ce qui m’a pris je dois encore me le demander : qu’est-ce qui m’a pris ?) qui me montrait Ă  lui sans plus aucun de mes pouvoirs magiques, toute impuissante et vulnĂ©rable comme je suis aussi, et m’enfonçait d’un coup dans la vase.

Je le sais que si j’aimais Johnny je resterais trouvable pour quand il aura besoin de moi mais violence Ă©crase le lien comme sabot l’asticot et je suis bien trop Ă©crasĂ©e depuis ce jour, je suis passĂ©e inexistante Ă  Johnny il m’a perdue comme un chien au fond d’un bois je ne peux revenir par pure chiennerie et lui lĂ©cher les mains je ne peux me remettre Ă  revivre comme ça. Par mitiĂ© dĂ©fectueuse. C’est pour le restant de la vie cette perdition-lĂ . Johnny Bougeotte. C’est aussi pour ça qu’il n’a pas bien vu. Il n’est pas assez immobile pour voir, les tombes elles sont dĂ©finitives.

la vilaine riviĂšre Ouse

site de corinne lovera vitali

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