La pensĂ©e des singes mâoccupe depuis bien avant que je les retrouve incarnĂ©s dans mes mots. PrĂ©cisĂ©ment, la façon sidĂ©rĂ©e que jâai eue de penser aux singes en mĂȘme temps que je fuyais les hommes a fait suite Ă un autre documentaire, sur le langage celui-lĂ , ce qui signe une fois de plus lâemprise totalitaire que peut avoir la pseudo-connaissance sur un cerveau prĂ©disposĂ© Ă lâignorance comme le mien. Je ne sais plus si le film Ă©tait pointu ou vulgarisant, ni mĂȘme sâil Ă©tait bon. Je ne me souviens que du passage oĂč le commentateur, Ă lâimage il y avait un groupe de chimpanzĂ©s qui dĂ©ambulaient comme ils le font frĂ©quemment, et le commentateur expliquait que le langage, permettant de rapporter des faits dont on nâavait pas Ă©tĂ© tĂ©moin, en mĂȘme temps quâil ouvrait le champ de la connaissance avait rendu possible le mensonge. Je ne suis pas sĂ»re que sans me lâentendre dire jâaurais pu accĂ©der seule Ă cette Ă©vidence que je nâai pourtant pas eu besoin dâexporter Ă ma perception des animaux. Elle y Ă©tait dĂ©jĂ , sans conscience, comme en songe, bonobo demeurĂ©e dĂ©ambulant parmi les grands singes, qui nâont donc pas dâautre savoir que celui de leur propre vĂ©cu, et pas dâautre chagrin.
FATIG
CANALISE
tout est improbable tout est complexe et prĂ©cieux et fragile dans cette espĂšce dâatelier que je commence avec les garçons inscrits en boxe Ă©ducative et hier un homme politique a sautĂ© sur le ring pendant quâon travaillait il nâa saluĂ© personne surtout pas moi il ne mâa mĂȘme pas regardĂ©e il a dĂ©boulĂ© dans la salle il a branchĂ© direct les gars Ă qui il a fait remettre les gants parce quâil est en campagne Ă©lectorale quâil aime la boxe et quâil avait convoquĂ© la tĂ©lĂ© rĂ©gionale
ça nous avait pris un moment de nous retrouver en cercle sur le ring Ă essayer chacun de dire pourquoi on Ă©tait lĂ – on a beaucoup ri quand un des petits a dit âça me canaliseâ mais il ne savait pas ce que ça voulait dire – on commençait Ă entrer dans un bon stress avec tous nos canaux parce quâau lieu de dire chacun son truc on en Ă©tait Ă essayer de se rappeler ce que le gars de lâautre cĂŽtĂ© du cercle avait dit – mĂ©moire concentration attention respect estime – en boxe Ă©ducative ces mots sont des scies – un grand disait quâil aimait spĂ©cialement lâambiance du groupe – je le comprends – ce club est une des seules familles oĂč depuis douze ans je nâavais jamais ressenti de violence avant l’assaut de Johnny le politicien
je ne supporte que trĂšs difficilement les adultes jâai malheureusement ça aussi en commun avec les enfants je l’ai compris hier – ĂȘtre avec eux ça me canalise
TAAQ-TAAQ UBLOQ-UBLOQ
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Il nâest pas tout Ă fait vrai que je nâai jamais repensĂ© Ă cette amie sortie de ma vie il y a longtemps. Jâai rĂȘvĂ© dâelle plusieurs fois. Ă peu de choses prĂšs câĂ©tait chaque fois le mĂȘme rĂȘve. Elle Ă©tait Ă Paris, oĂč nous nous Ă©tions frĂ©quentĂ©es adultes, dans le mĂ©tro, souriante et confiante, derriĂšre elle se tenait le spectre dâune de mes idoles, droit debout, qui me fixait, moi lâauteur du rĂȘve qui ne vivais plus Ă Paris, ne me dĂ©plaçais plus, et avais perdu ce sourire confiant. Cette amie du temps lointain, mon double qui avait choisi de faire le mĂȘme mĂ©tier que moi et avait eu deux enfants, exerce toujours ce mĂ©tier que jâai abandonnĂ©, elle a toujours ses enfants, et je ne peux lâimaginer dĂ©munie de son attitude tranquille, celle qui mâa Ă©tĂ© ĂŽtĂ©e violemment. Celui que jâappelle mon idole est encore bien vivant lui aussi, et sâil est un spectre dans mon rĂȘve câest quâil est effectivement un esprit, il est esprit, et par-dessus les trivialitĂ©s du quotidien, de la vie normale, rĂ©glĂ©e, tant regrettĂ©e un temps, il me fixe en me disant que jâai dĂ©sormais autre chose Ă faire. Je suis obligĂ©e de constater que câest ainsi que jâai pris les dĂ©cisions importantes de ma vie, un des grands hommes-esprits de mon rĂ©pertoire privĂ© Ă©tant venu me visiter dans le sommeil. Je crains de devoir admettre que sâagissant des dĂ©cisions moins heureuses, je crains de devoir admettre que sâagissant des mauvaises dĂ©cisions je les ai prises seule avec mes rĂȘves triviaux quâaucun esprit ne venait sublimer, et sans avoir non plus le minimum de jugeotte quâon peut espĂ©rer avoir vis-Ă -vis de soi-mĂȘme, celle que pendant des annĂ©es je nâai pas eue non plus avec de parfaits inconnus.

