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La pensĂ©e des singes m’occupe depuis bien avant que je les retrouve incarnĂ©s dans mes mots. PrĂ©cisĂ©ment, la façon sidĂ©rĂ©e que j’ai eue de penser aux singes en mĂȘme temps que je fuyais les hommes a fait suite Ă  un autre documentaire, sur le langage celui-lĂ , ce qui signe une fois de plus l’emprise totalitaire que peut avoir la pseudo-connaissance sur un cerveau prĂ©disposĂ© Ă  l’ignorance comme le mien. Je ne sais plus si le film Ă©tait pointu ou vulgarisant, ni mĂȘme s’il Ă©tait bon. Je ne me souviens que du passage oĂč le commentateur, Ă  l’image il y avait un groupe de chimpanzĂ©s qui dĂ©ambulaient comme ils le font frĂ©quemment, et le commentateur expliquait que le langage, permettant de rapporter des faits dont on n’avait pas Ă©tĂ© tĂ©moin, en mĂȘme temps qu’il ouvrait le champ de la connaissance avait rendu possible le mensonge. Je ne suis pas sĂ»re que sans me l’entendre dire j’aurais pu accĂ©der seule Ă  cette Ă©vidence que je n’ai pourtant pas eu besoin d’exporter Ă  ma perception des animaux. Elle y Ă©tait dĂ©jĂ , sans conscience, comme en songe, bonobo demeurĂ©e dĂ©ambulant parmi les grands singes, qui n’ont donc pas d’autre savoir que celui de leur propre vĂ©cu, et pas d’autre chagrin.

Carmen et James ThierreeCarmen – Jean-Pierre Limosin – 2005

CANALISE


tout est improbable tout est complexe et prĂ©cieux et fragile dans cette espĂšce d’atelier que je commence avec les garçons inscrits en boxe Ă©ducative et hier un homme politique a sautĂ© sur le ring pendant qu’on travaillait il n’a saluĂ© personne surtout pas moi il ne m’a mĂȘme pas regardĂ©e il a dĂ©boulĂ© dans la salle il a branchĂ© direct les gars Ă  qui il a fait remettre les gants parce qu’il est en campagne Ă©lectorale qu’il aime la boxe et qu’il avait convoquĂ© la tĂ©lĂ© rĂ©gionale

ça nous avait pris un moment de nous retrouver en cercle sur le ring Ă  essayer chacun de dire pourquoi on Ă©tait lĂ  – on a beaucoup ri quand un des petits a dit ‘ça me canalise’ mais il ne savait pas ce que ça voulait dire – on commençait Ă  entrer dans un bon stress avec tous nos canaux parce qu’au lieu de dire chacun son truc on en Ă©tait Ă  essayer de se rappeler ce que le gars de l’autre cĂŽtĂ© du cercle avait dit – mĂ©moire concentration attention respect estime – en boxe Ă©ducative ces mots sont des scies – un grand disait qu’il aimait spĂ©cialement l’ambiance du groupe – je le comprends – ce club est une des seules familles oĂč depuis douze ans je n’avais jamais ressenti de violence avant l’assaut de Johnny le politicien

je ne supporte que trĂšs difficilement les adultes j’ai malheureusement ça aussi en commun avec les enfants je l’ai compris hier – ĂȘtre avec eux ça me canalise

boxe !

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Il n’est pas tout Ă  fait vrai que je n’ai jamais repensĂ© Ă  cette amie sortie de ma vie il y a longtemps. J’ai rĂȘvĂ© d’elle plusieurs fois. À peu de choses prĂšs c’était chaque fois le mĂȘme rĂȘve. Elle Ă©tait Ă  Paris, oĂč nous nous Ă©tions frĂ©quentĂ©es adultes, dans le mĂ©tro, souriante et confiante, derriĂšre elle se tenait le spectre d’une de mes idoles, droit debout, qui me fixait, moi l’auteur du rĂȘve qui ne vivais plus Ă  Paris, ne me dĂ©plaçais plus, et avais perdu ce sourire confiant. Cette amie du temps lointain, mon double qui avait choisi de faire le mĂȘme mĂ©tier que moi et avait eu deux enfants, exerce toujours ce mĂ©tier que j’ai abandonnĂ©, elle a toujours ses enfants, et je ne peux l’imaginer dĂ©munie de son attitude tranquille, celle qui m’a Ă©tĂ© ĂŽtĂ©e violemment. Celui que j’appelle mon idole est encore bien vivant lui aussi, et s’il est un spectre dans mon rĂȘve c’est qu’il est effectivement un esprit, il est esprit, et par-dessus les trivialitĂ©s du quotidien, de la vie normale, rĂ©glĂ©e, tant regrettĂ©e un temps, il me fixe en me disant que j’ai dĂ©sormais autre chose Ă  faire. Je suis obligĂ©e de constater que c’est ainsi que j’ai pris les dĂ©cisions importantes de ma vie, un des grands hommes-esprits de mon rĂ©pertoire privĂ© Ă©tant venu me visiter dans le sommeil. Je crains de devoir admettre que s’agissant des dĂ©cisions moins heureuses, je crains de devoir admettre que s’agissant des mauvaises dĂ©cisions je les ai prises seule avec mes rĂȘves triviaux qu’aucun esprit ne venait sublimer, et sans avoir non plus le minimum de jugeotte qu’on peut espĂ©rer avoir vis-Ă -vis de soi-mĂȘme, celle que pendant des annĂ©es je n’ai pas eue non plus avec de parfaits inconnus.

au-dessus du vercors

site de corinne lovera vitali

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