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Avez-vous dĂ©jĂ  regardĂ© sous un pont ? Je ne parle pas depuis une gondole ou une pĂ©niche, pas un pont sur l’eau un pont sur la route. Je ne parle pas non plus depuis le pont comme un simple piĂ©ton qui regarderait l’eau passer sous le pont. Je ne parle pas du tout de romantisme je parle d’ĂȘtre Ă  l’intĂ©rieur du pont qui fait un tunnel et nous dĂ©jĂ  coincĂ©s dans le mini tunnel de notre automobile nous voilĂ  pris dans le long tunnel du pont qui est immobile. Si vous levez le nez vous verrez que le plafond du pont-tunnel est rayĂ©. Peu avant l’entrĂ©e se trouve un gros panneau pour les pilotes aveugles, hauteur maxi tant, avec mon engin je n’ai pas vraiment besoin de surveiller en hauteur c’est plutĂŽt la longueur que je tiens Ă  l’Ɠil, mais mĂȘme si je ne le lis pas je le vois ce panneau-lĂ , il est gros, et rond, et rouge, il vient presque en avertissement sonore avant un autre qui lui indique la longueur dudit tunnel, mais juste Ă  l’entrĂ©e, quand il n’est plus possible de faire demi-tour. Je ne sais pourquoi ce panneau-lĂ  qui dit la longueur, c’est-Ă -dire tout de mĂȘme la distance Ă  franchir dans le noir entre deux points d’air et de lumiĂšre, pourquoi ce panneau est bleu, carrĂ©, quasiment en lettres cursives accompagnĂ©es du joli dessin d’un pont romain tant qu’à faire, il se garde de dire longueur totale tant, il est de la mĂȘme espĂšce que ceux qui donnent le nom des riviĂšres ou suggĂšrent qu’un point de vue panoramique vaut le dĂ©tour, il est bucolique ou insignifiant, c’est trĂšs inappropriĂ©. Comme si la longueur importait moins que la hauteur. Comme si on ne pouvait rester bloquĂ© que dans sa hauteur et ne pas ĂȘtre paralysĂ© Ă  mi-course tant ce tunnel est profond. Et quand on s’en sort un autre panneau vous nargue qui dit que ce tunnel est terminĂ©. Ce prĂ©tendu code de la route est d’une injustice d’autant plus frappante que prĂ©cisĂ©ment la plupart des plafonds de tunnels sont rayĂ©s. Il me semble que si j’étais un routier, si j’étais un transporteur un TIR un vrai camionneur un gars costaud une sorte de caĂŻd Ă  ma façon mĂȘme sans ĂȘtre hors gabarit j’y regarderais Ă  deux fois avant de me lancer, eh bien non. Les gars ils pĂ©nĂštrent. Ça coince dĂšs l’entrĂ©e, ça racle, ça abĂźme le pont ça ne passera pas le tunnel ça abĂźme mĂȘme le camion mais ils foncent les cons, ils y vont. Chaque fois je me dis Les cons. Puis je me dis Quelle importance aplatir son camion abaisser son plafond. Ils n’allaient pas restĂ©s plantĂ©s lĂ , ils n’allaient pas faire demi-tour devant un simple tunnel Ă  simplement traverser, ils savaient certainement oĂč ils allaient ces gars ils avaient certainement un plan de route, et ce camion ne leur appartenait certainement pas, quelle importance abĂźmer et le camion et le tunnel. Risquer de rester coincĂ© ou risquer de ne pas y aller.

lights

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Vous avez remarquĂ© comme le temps passe vite Ă  partir, Ă  partir de certaine chose qui a eu lieu Ă  un certain moment le temps se met Ă  dĂ©filer Ă  grande vitesse il semble qu’on est toujours demain et qu’en plus le passĂ© s’éloigne, le temps passĂ© oĂč l’on dĂ©couvrait tout, le temps oĂč certaine chose n’avait pas encore eu lieu se met Ă  reculer de façon effrayante comme s’il bougeait aussi ce temps-lĂ . Ai-je parlĂ© d’escalier Ă  propos du temps ? De bicyclette ? C’est un tgv dĂ©sormais et je doute qu’on demande aux Ă©coliers de calculer Ă  quelle vitesse on se dĂ©place si l’on tente de remonter Ă  contre-courant ce train qui de toute façon vous tient porte close puisque il n’y a plus de train il y a des unitĂ©s, qui s’appellent rames, et vous appartenez le temps de votre voyage Ă  une unitĂ©-rame oĂč vous pouvez boire manger charger vos appareils portables et faire vos besoins et seul le contrĂŽleur du moins je l’espĂšre a la clef pour passer d’une rame Ă  l’autre mais pas vous, vous vous restez Ă  votre place numĂ©rotĂ©e en subissant l’accĂ©lĂ©ration violente du temps au sein d’une unitĂ© oĂč vous avez rĂ©servĂ© Ă  prix fort votre place. Vous croyez que c’est une mĂ©taphore ? À de rares exceptions prĂšs et seulement avec l’aide d’un bandeau sur les yeux et de bouchons d’oreilles, je ne prends plus de tgv depuis plus de vingt ans. J’ai sacrĂ©ment cessĂ© de rĂ©server ma place, mĂ©taphore.

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ABSENCE DES COWBOYS : PAGE 21


C’est un jour oĂč le sol est mouvant, mes jambes s’enfoncent Ă  chaque pas, les trottoirs ne sont pas d’aplomb, ni les murs. Je marche vingt mĂštres je croise une vieille femme Ă©dentĂ©e, chaque vingt mĂštres une vieille femme Ă©dentĂ©e pourrait tendre sa main vers moi. Et ça n’arrĂȘte pas. Le ciel n’arrĂȘte pas de manƓuvrer non plus, un dĂ©filĂ© de nuages nerveux dans l’espace rĂ©duit par mes paupiĂšres. Tout bouge tout le temps, avec le vent, la tempĂ©rature, la lumiĂšre. Et ma tĂȘte, avec dedans le mal de cƓur. C’est un jour comme ça et je dois grimper au neuviĂšme Ă©tage d’un immeuble que les Allemands ont oubliĂ© de bombarder. 9 fois 16 marches molles. Mes haut-le-cƓur du rez-de-chaussĂ©e 144 fois essorĂ©s et je ne peux pas me retrouver transportĂ©e dans un lieu oĂč tout ça cesserait immĂ©diatement. Dans la cour d’une ferme. Sur le ventre d’une mĂšre. Je ne peux pas. Je peux vomir au sixiĂšme Ă©tage. Je peux m’allonger au septiĂšme. M’asseoir au huitiĂšme. Regarder l’écran de mon tĂ©lĂ©phone en me rappelant les messages d’amour qu’il a affichĂ©s pour moi. Certains sur le moment me semblaient un peu puĂ©rils un peu vains, certains Ă©taient drĂŽlement fagotĂ©s, quelles drĂŽles d’idĂ©es s’emparent des garçons quand ils tournent leurs compliments, certains Ă©taient de jolis petits mensonges amoureux. D’autres avaient la puissance d’une horde de chevaux sauvages. Au neuviĂšme Ă©tage ils cavalent sous mes yeux comme si j’étais debout Ă  l’arriĂšre du camion avec Marilyn. Il est impossible de ne pas tout faire pour sauver ces chevaux, impossible ne pas comprendre ça. Sans mĂȘme l’aide du cowboy tendre je libĂ©rerai les chevaux sauvages, sans mĂȘme avoir Ă  me battre contre l’autre cowboy, celui qui veut voler aux chevaux leur puissance. Lorsque je frappe Ă  la porte mon cƓur bat trĂšs vite.

coeur

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