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Vous avez remarquĂ© comme le temps passe vite Ă  partir, Ă  partir de certaine chose qui a eu lieu Ă  un certain moment le temps se met Ă  dĂ©filer Ă  grande vitesse il semble qu’on est toujours demain et qu’en plus le passĂ© s’éloigne, le temps passĂ© oĂč l’on dĂ©couvrait tout, le temps oĂč certaine chose n’avait pas encore eu lieu se met Ă  reculer de façon effrayante comme s’il bougeait aussi ce temps-lĂ . Ai-je parlĂ© d’escalier Ă  propos du temps ? De bicyclette ? C’est un tgv dĂ©sormais et je doute qu’on demande aux Ă©coliers de calculer Ă  quelle vitesse on se dĂ©place si l’on tente de remonter Ă  contre-courant ce train qui de toute façon vous tient porte close puisque il n’y a plus de train il y a des unitĂ©s, qui s’appellent rames, et vous appartenez le temps de votre voyage Ă  une unitĂ©-rame oĂč vous pouvez boire manger charger vos appareils portables et faire vos besoins et seul le contrĂŽleur du moins je l’espĂšre a la clef pour passer d’une rame Ă  l’autre mais pas vous, vous vous restez Ă  votre place numĂ©rotĂ©e en subissant l’accĂ©lĂ©ration violente du temps au sein d’une unitĂ© oĂč vous avez rĂ©servĂ© Ă  prix fort votre place. Vous croyez que c’est une mĂ©taphore ? À de rares exceptions prĂšs et seulement avec l’aide d’un bandeau sur les yeux et de bouchons d’oreilles, je ne prends plus de tgv depuis plus de vingt ans. J’ai sacrĂ©ment cessĂ© de rĂ©server ma place, mĂ©taphore.

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ABSENCE DES COWBOYS : PAGE 21


C’est un jour oĂč le sol est mouvant, mes jambes s’enfoncent Ă  chaque pas, les trottoirs ne sont pas d’aplomb, ni les murs. Je marche vingt mĂštres je croise une vieille femme Ă©dentĂ©e, chaque vingt mĂštres une vieille femme Ă©dentĂ©e pourrait tendre sa main vers moi. Et ça n’arrĂȘte pas. Le ciel n’arrĂȘte pas de manƓuvrer non plus, un dĂ©filĂ© de nuages nerveux dans l’espace rĂ©duit par mes paupiĂšres. Tout bouge tout le temps, avec le vent, la tempĂ©rature, la lumiĂšre. Et ma tĂȘte, avec dedans le mal de cƓur. C’est un jour comme ça et je dois grimper au neuviĂšme Ă©tage d’un immeuble que les Allemands ont oubliĂ© de bombarder. 9 fois 16 marches molles. Mes haut-le-cƓur du rez-de-chaussĂ©e 144 fois essorĂ©s et je ne peux pas me retrouver transportĂ©e dans un lieu oĂč tout ça cesserait immĂ©diatement. Dans la cour d’une ferme. Sur le ventre d’une mĂšre. Je ne peux pas. Je peux vomir au sixiĂšme Ă©tage. Je peux m’allonger au septiĂšme. M’asseoir au huitiĂšme. Regarder l’écran de mon tĂ©lĂ©phone en me rappelant les messages d’amour qu’il a affichĂ©s pour moi. Certains sur le moment me semblaient un peu puĂ©rils un peu vains, certains Ă©taient drĂŽlement fagotĂ©s, quelles drĂŽles d’idĂ©es s’emparent des garçons quand ils tournent leurs compliments, certains Ă©taient de jolis petits mensonges amoureux. D’autres avaient la puissance d’une horde de chevaux sauvages. Au neuviĂšme Ă©tage ils cavalent sous mes yeux comme si j’étais debout Ă  l’arriĂšre du camion avec Marilyn. Il est impossible de ne pas tout faire pour sauver ces chevaux, impossible ne pas comprendre ça. Sans mĂȘme l’aide du cowboy tendre je libĂ©rerai les chevaux sauvages, sans mĂȘme avoir Ă  me battre contre l’autre cowboy, celui qui veut voler aux chevaux leur puissance. Lorsque je frappe Ă  la porte mon cƓur bat trĂšs vite.

coeur

CE QU’IL FAUT (BONUS)


À part Nathalie Sarraute que je n’ai pas lue depuis qu’elle a fini d’écrire et Jamaica Kincaid qui se lit au goutte-Ă -goutte, je ne sais pas comment se dĂ©brouillent les autres dans leur chĂąteau-fort intĂ©rieur avec ce qu’on appelle les incises ou les apartĂ©s, les prĂ©tendues digressions. Je me pose la question parce que ce sont les autres, je peux le dire j’ai Ă©tĂ© correctrice ma vie d’avant, ce sont les autres qui ont fait de ces choses essentielles Ă  dire, ces choses fluides comme la vie, ils en ont fait des choses mortes, des choses Ă  l’arrĂȘt comme des chiens qu’on doit caser entre des signes spĂ©ciaux, ouvrant fermant, et qui dĂšs qu’on les aperçoit dans un texte disent ‘Attention ceci a sa tombe ici’, disent ‘Ceci est une des tombes que je rĂ©serve Ă  certains mots’, disent ‘Ceci Ă©tant une des nombreuses tombes que je rĂ©serve aux mots veuillez vous recueillir un instant ici mĂȘme’, disent ‘Chaussez donc vos lunettes pour mater ma ptite merde en bas de page’, disent tant et tant en baissant le ton dans leur propre Ă©glise qu’ils auraient mieux fait de le dire directement, alors que pour le tronc de la chose grave et bien française qu’ils ont Ă  dire ils ne donnent pas d’autre nom que PROPOSITION PRINCIPALE. Mais ce n’est aprĂšs tout qu’une proposition.

Je ne sais pas si Sarraute a Ă©crit sur la grammaire, et qui l’a fait pour elle je ne sais pas non plus, mais je sais la haine qui peut se dĂ©velopper contre les grammaires personnelles. Il y a une interview de Jamaica je l’ai Ă©coutĂ©e hier, elle commence pour de bon vers la 45e minute, comme revoir l’interview de Sarraute Ă  la place d’un Ă©pisode de Treme, ce geste de ma personne paralytique au travail et paralytique au repos, certes il suffit de cliquer ce n’est pas vraiment un geste comme aller en bibliothĂšque ou ouvrir un vrai livre blabla mais regarder deux Ă©crivains parler si c’est pas un putain de geste, et ce geste est la chose la plus rĂ©jouissante que mon inconscient m’ait fait faire depuis longtemps. Parce que lĂ  oĂč Sarraute prend son petit sourire de juste avant de mourir pour dire comment son premier livre fut un flop, Jamaica Ă  la toute fin de l’interview, autoblindĂ©e dans l’habit de l’humour ‘Ne vous approchez pas trop je suis encore en danger’, quand on lui demande quel est le secret de son art/craft, aprĂšs avoir dit que si elle avait un elle le mettrait en bouteilles pour le commercialiser, la Kincaid pose sur la table ce galet lissĂ© d’absolue beautĂ©, je traduis Ă  ma façon et de mĂ©moire, ‘Toulmonde dira Ne commencez pas une phrase avec Et, mais moi j’aime commencer une phrase avec Et. Et si toulmonde dit qu’il ne faut pas le faire, c’est une bonne raison pour le faire. Donc si j’avais un “art” ce serait peut-ĂȘtre ça, faire le contraire de ce qu’on a voulu que je fasse.’

mrs Jamaica Kincaid

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