‘you wont be able of feeling free of that feeling of being alone’
GOODNIGHT MIRACLE
W : PAGE 33
Vous avez remarquĂ© comme le temps passe vite Ă partir, Ă partir de certaine chose qui a eu lieu Ă un certain moment le temps se met Ă dĂ©filer Ă grande vitesse il semble quâon est toujours demain et quâen plus le passĂ© sâĂ©loigne, le temps passĂ© oĂč lâon dĂ©couvrait tout, le temps oĂč certaine chose nâavait pas encore eu lieu se met Ă reculer de façon effrayante comme sâil bougeait aussi ce temps-lĂ . Ai-je parlĂ© dâescalier Ă propos du temps ? De bicyclette ? Câest un tgv dĂ©sormais et je doute quâon demande aux Ă©coliers de calculer Ă quelle vitesse on se dĂ©place si lâon tente de remonter Ă contre-courant ce train qui de toute façon vous tient porte close puisque il nây a plus de train il y a des unitĂ©s, qui sâappellent rames, et vous appartenez le temps de votre voyage Ă une unitĂ©-rame oĂč vous pouvez boire manger charger vos appareils portables et faire vos besoins et seul le contrĂŽleur du moins je lâespĂšre a la clef pour passer dâune rame Ă lâautre mais pas vous, vous vous restez Ă votre place numĂ©rotĂ©e en subissant lâaccĂ©lĂ©ration violente du temps au sein dâune unitĂ© oĂč vous avez rĂ©servĂ© Ă prix fort votre place. Vous croyez que câest une mĂ©taphore ? Ă de rares exceptions prĂšs et seulement avec lâaide dâun bandeau sur les yeux et de bouchons dâoreilles, je ne prends plus de tgv depuis plus de vingt ans. Jâai sacrĂ©ment cessĂ© de rĂ©server ma place, mĂ©taphore.
ABSENCE DES COWBOYS : PAGE 21
Câest un jour oĂč le sol est mouvant, mes jambes sâenfoncent Ă chaque pas, les trottoirs ne sont pas dâaplomb, ni les murs. Je marche vingt mĂštres je croise une vieille femme Ă©dentĂ©e, chaque vingt mĂštres une vieille femme Ă©dentĂ©e pourrait tendre sa main vers moi. Et ça nâarrĂȘte pas. Le ciel nâarrĂȘte pas de manĆuvrer non plus, un dĂ©filĂ© de nuages nerveux dans lâespace rĂ©duit par mes paupiĂšres. Tout bouge tout le temps, avec le vent, la tempĂ©rature, la lumiĂšre. Et ma tĂȘte, avec dedans le mal de cĆur. Câest un jour comme ça et je dois grimper au neuviĂšme Ă©tage dâun immeuble que les Allemands ont oubliĂ© de bombarder. 9 fois 16 marches molles. Mes haut-le-cĆur du rez-de-chaussĂ©e 144 fois essorĂ©s et je ne peux pas me retrouver transportĂ©e dans un lieu oĂč tout ça cesserait immĂ©diatement. Dans la cour dâune ferme. Sur le ventre dâune mĂšre. Je ne peux pas. Je peux vomir au sixiĂšme Ă©tage. Je peux mâallonger au septiĂšme. Mâasseoir au huitiĂšme. Regarder lâĂ©cran de mon tĂ©lĂ©phone en me rappelant les messages dâamour quâil a affichĂ©s pour moi. Certains sur le moment me semblaient un peu puĂ©rils un peu vains, certains Ă©taient drĂŽlement fagotĂ©s, quelles drĂŽles dâidĂ©es sâemparent des garçons quand ils tournent leurs compliments, certains Ă©taient de jolis petits mensonges amoureux. Dâautres avaient la puissance dâune horde de chevaux sauvages. Au neuviĂšme Ă©tage ils cavalent sous mes yeux comme si jâĂ©tais debout Ă lâarriĂšre du camion avec Marilyn. Il est impossible de ne pas tout faire pour sauver ces chevaux, impossible ne pas comprendre ça. Sans mĂȘme lâaide du cowboy tendre je libĂ©rerai les chevaux sauvages, sans mĂȘme avoir Ă me battre contre lâautre cowboy, celui qui veut voler aux chevaux leur puissance. Lorsque je frappe Ă la porte mon cĆur bat trĂšs vite.
CE QU’IL FAUT (BONUS)
Ă part Nathalie Sarraute que je nâai pas lue depuis quâelle a fini dâĂ©crire et Jamaica Kincaid qui se lit au goutte-Ă -goutte, je ne sais pas comment se dĂ©brouillent les autres dans leur chĂąteau-fort intĂ©rieur avec ce quâon appelle les incises ou les apartĂ©s, les prĂ©tendues digressions. Je me pose la question parce que ce sont les autres, je peux le dire jâai Ă©tĂ© correctrice ma vie dâavant, ce sont les autres qui ont fait de ces choses essentielles Ă dire, ces choses fluides comme la vie, ils en ont fait des choses mortes, des choses Ă lâarrĂȘt comme des chiens quâon doit caser entre des signes spĂ©ciaux, ouvrant fermant, et qui dĂšs quâon les aperçoit dans un texte disent âAttention ceci a sa tombe iciâ, disent âCeci est une des tombes que je rĂ©serve Ă certains motsâ, disent âCeci Ă©tant une des nombreuses tombes que je rĂ©serve aux mots veuillez vous recueillir un instant ici mĂȘmeâ, disent âChaussez donc vos lunettes pour mater ma ptite merde en bas de pageâ, disent tant et tant en baissant le ton dans leur propre Ă©glise quâils auraient mieux fait de le dire directement, alors que pour le tronc de la chose grave et bien française quâils ont Ă dire ils ne donnent pas dâautre nom que PROPOSITION PRINCIPALE. Mais ce nâest aprĂšs tout quâune proposition.
Je ne sais pas si Sarraute a Ă©crit sur la grammaire, et qui lâa fait pour elle je ne sais pas non plus, mais je sais la haine qui peut se dĂ©velopper contre les grammaires personnelles. Il y a une interview de Jamaica je lâai Ă©coutĂ©e hier, elle commence pour de bon vers la 45e minute, comme revoir lâinterview de Sarraute Ă la place dâun Ă©pisode de Treme, ce geste de ma personne paralytique au travail et paralytique au repos, certes il suffit de cliquer ce nâest pas vraiment un geste comme aller en bibliothĂšque ou ouvrir un vrai livre blabla mais regarder deux Ă©crivains parler si câest pas un putain de geste, et ce geste est la chose la plus rĂ©jouissante que mon inconscient mâait fait faire depuis longtemps. Parce que lĂ oĂč Sarraute prend son petit sourire de juste avant de mourir pour dire comment son premier livre fut un flop, Jamaica Ă la toute fin de lâinterview, autoblindĂ©e dans lâhabit de lâhumour âNe vous approchez pas trop je suis encore en dangerâ, quand on lui demande quel est le secret de son art/craft, aprĂšs avoir dit que si elle avait un elle le mettrait en bouteilles pour le commercialiser, la Kincaid pose sur la table ce galet lissĂ© dâabsolue beautĂ©, je traduis Ă ma façon et de mĂ©moire, ‘Toulmonde dira Ne commencez pas une phrase avec Et, mais moi jâaime commencer une phrase avec Et. Et si toulmonde dit quâil ne faut pas le faire, câest une bonne raison pour le faire. Donc si jâavais un âartâ ce serait peut-ĂȘtre ça, faire le contraire de ce quâon a voulu que je fasse.’


