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Vous avez remarqué comme le temps passe vite à partir, à partir de certaine chose qui a eu lieu à un certain moment le temps se met à défiler à grande vitesse il semble qu’on est toujours demain et qu’en plus le passé s’éloigne, le temps passé où l’on découvrait tout, le temps où certaine chose n’avait pas encore eu lieu se met à reculer de façon effrayante comme s’il bougeait aussi ce temps-là. Ai-je parlé d’escalier à propos du temps ? De bicyclette ? C’est un tgv désormais et je doute qu’on demande aux écoliers de calculer à quelle vitesse on se déplace si l’on tente de remonter à contre-courant ce train qui de toute façon vous tient porte close puisque il n’y a plus de train il y a des unités, qui s’appellent rames, et vous appartenez le temps de votre voyage à une unité-rame où vous pouvez boire manger charger vos appareils portables et faire vos besoins et seul le contrôleur du moins je l’espère a la clef pour passer d’une rame à l’autre mais pas vous, vous vous restez à votre place numérotée en subissant l’accélération violente du temps au sein d’une unité où vous avez réservé à prix fort votre place. Vous croyez que c’est une métaphore ? À de rares exceptions près et seulement avec l’aide d’un bandeau sur les yeux et de bouchons d’oreilles, je ne prends plus de tgv depuis plus de vingt ans. J’ai sacrément cessé de réserver ma place, métaphore.

pasolini-tombe