jâai choisi la chambre la plus chĂšre la plus grande la moins sordide tout est relatif cette riviĂšre sensĂ©e ĂȘtre mon refuge dĂ©jĂ nâen a plus lâair au contraire elle me regarde avec son frtFRTfrt un peu sale ses berges ses criques la riviĂšre tout entiĂšre ne me fait penser quâĂ une truite Ă©chouĂ©e comme la patronne et ses yeux loupes pourtant lors de mon prĂ©cĂ©dent passage il y a quelques mois pour un cafĂ© au comptoir il faisait beau jâĂ©tais joyeuse alors tout Ă©tait vif lâeau chantait la patronne Ă©tait solidaire bien que jâaie trouvĂ© moyen de la vexer un peu en lui racontant piapiapia que je connaissais lâendroit depuis avant quâelle rachĂšte lâhĂŽtel avec son mari dĂ©sormais dĂ©funt jâavais clairement en tĂȘte nos chronologies respectives et croisĂ©es je revenais au refuge avait-elle tout oubliĂ© de notre passĂ© commun cette femme autrefois heureuse et ne pouvait-elle au moins accueillir une cliente sans quâon lâimagine au cĆur dâun de ces polars glauques des annĂ©es cinquante bourrĂ©s de femmes perdues portant une jupe droite un foulard sur la tĂȘte et cette voix de pleureuse qui fume des gauloises et quand on est en quelque sorte le rejeton de ces femmes on met du temps Ă comprendre quâelles ne ressemblent pas exactement Ă madame lâinstitutrice ou Ă ma tante parce quâelles ont eu ou vont avoir des relations sexuelles ce que ces annĂ©es signalent par le simple fait de mettre une femme Ă fichu au centre de lâintrigue
câest absolument vrai la femme hĂ©roĂŻne a une sexualitĂ©
et sa façon de le faire remarquer sa façon dâattirer lâopprobre pauvre sotte nĂ©cessite la complicitĂ© de la mode fĂ©minine chaque dĂ©cennie ayant son fichu ses lunettes son dĂ©colletĂ© ses bas sa voilette son fume-cigarette et quand il nây avait rien encore et quâon Ă©tait tenue fermĂ©e dans un donjon quelconque
quand on est tenue fermĂ©e dans un donjon quelconque on se fait remarquer par ses rĂȘves ou ses seules pensĂ©es
DE TOUT HOMME
EGO
on ne cherche pourtant pas Ă parler autrement on semble accepter notre parole comme on accepte notre voix on apprend des mots parfois on attrape une expression comme un virus on laisse un message sur le rĂ©pondeur et câest toujours le mĂȘme je nâai quâun seul message de chacun de mes interlocuteurs câest toujours trĂšs exactement le mĂȘme qui dit qui il est dit bonjour dit comment ça va dit ce quâil a Ă dire dit aurevoir dit les mĂȘmes je tâembrasse avec les mĂȘmes intonations comme il est possible quâil les dise Ă dâautres mais surtout ne les dit jamais autres ça me frappe maintenant ça me serre le cĆur maintenant que je viens dâeffacer les noms du rĂ©pertoire de mon tĂ©lĂ©phone je ne voulais plus les tenir serrĂ©s dans l’alphabet je ne voulais plus ces noms morts câest ce que je croyais imbĂ©cile je ne voulais quâavoir la surprise de ne pas savoir qui mâappelle et peut-ĂȘtre aurait-on eu une chance de se surprendre par le seul anonymat imbĂ©cile et naĂŻve qui pourtant ne croit pas aux revenants le rĂ©pondeur câest normal quâil dise toujours la mĂȘme chose mais les appelants ils sont vivants pourquoi ne pas parler autre que soi et pourquoi ne pas mĂȘme essayer soi et toi et moi je mâĂ©coute je mâentends je me rĂ©pĂšte je me rĂ©pĂšte jâattends ça aussi de ma propre parole jâattends de finir par parler autre parce que jâaurais fini par penser autre par sentir autre comme vouloir si fort Ă©crire autre qui aide Ă surveiller ça mais au contraire aide de moins en moins Ă accueillir la parole de qui ne va pas vriller est-ce Ă©crit dâavance ne va pas me renverser ne va pas me tenir au bout de sa lance Ă incendie ne va pas me prendre par surprise et qui me surprendrait qui mâarracherait du sol oĂč je me tiens aux fers sauf un revenu dâĂȘtre mort ayant fini dâĂȘtre mort et aprĂšs deux dizaines dâannĂ©es ferait entendre tout le nouveau de lui que jâaurais manquĂ© et tout alors tout le temps Ă venir serait autre
LA TAILLE DES HOMMES
j’Ă©tais pressĂ©e dâen finir ce qui caractĂ©rise les jusquauboutistes quand ils nâen peuvent plus jâai fait ça entre autres avec âLa Taille des hommesâ ce livre Ă©puisĂ© avant dâavoir vĂ©cu des suites de lâunion parfaite entre lâambition urgente que jâavais de mâen dĂ©barrasser et le type dâambition de lâĂ©diteur en gĂ©nĂ©ral – dans ce mariage malheureux la plupart de mes livres sont restĂ©s des livres bien que certains soient Ă prĂ©sent pilonnĂ©s pour libĂ©rer lâargent quâils coĂ»tent Ă nâĂȘtre quâen piles dans un hangar mais âLa Tailleâ aprĂšs avoir subi un abandon aveugle de ma part a continuĂ© vers son destin cruel avec une liquidation de lâĂ©diteur une renaissance de lâĂ©diteur la maladie de lâĂ©diteur et elle nâexiste plus dĂ©sormais quâĂ lâĂ©tat de 80 exemplaires dans un carton cachĂ© quelque part je ne sais toujours pas oĂč – en toute logique jâaurais dĂ» finir de lâemprisonner ici dans CâEST FINI or jâai beaucoup tardĂ© et traĂźnĂ© parce que câest pas fini
câest aussi Ă cause de lâespĂšce de mini rumeur qui lâentoure et qui me perturbe parce que quâest-ce qui leur a tant plu aux quelques centaines de lecteurs Ă part le premier monologue qui sâappelle âLa Taille des hommesâ et oĂč il est fatalement question Ă un moment de la taille du pĂ©nis puis de lâorgasme humain qui si jâen crois les expressions et locutions utilisĂ©es pour en parler et mĂȘme pour mâen parler semblent avoir fait oublier aux qq centaines quâil sâagit lĂ dâun texte Ă©crit qui ne fait pas que dire bite baise queue – le deuxiĂšme monologue aussi existe d’avoir Ă©tĂ© publiĂ© Ă part et lu lu lu en public en dialoguant avec Virginia sauvĂ©e de la noyade et dans ce âtout ce que je veuxâ qui est ma petite tragĂ©die tout le monde rit tout le temps au mĂȘme endroit sans que je comprenne non plus exactement comment on en est arrivĂ©s lĂ – mais il y a dans ce livre quatre autres monologues ils sâappellent âMustangâ âPatate Filleâ âNonâ et âIndiensâ qui ne contiennent ni orgasme ni suicide ni rien que jâaie exhibĂ© en public ce sont des textes tenant le point dâĂ©quilibre des monologues droits dans leurs bottes et sans peur mais sans femme morte sans blague et sans bite alors
alors je voudrais bien recommencer et rééditer cette taille comme le ver de terre se réédite au printemps grĂące Ă la taupe qui avant de manger son corps durant le dur hiver a pris soin de sectionner sa tĂȘte et de la stocker Ă lâabri du gel de façon quâil se rĂ©gĂ©nĂšre aux beaux jours et réédite son corps car câest le corps pas le cerveau du ver que la taupe mange pour quâune nouvelle publication lui permette de se nourrir Ă nouveau etc. et je suis la taupe aveuglĂ©e et je suis le ver renouvelable je suis ce couple de dessous la terre et nous savons ce que nous savons faire
Lucie Clair a lu les monologues pour âLe matricule des angesâ
et Denis Leduc sur Radio Antipode
TOP 10 FIRST HOME PROBLEMS
1. écoute au chaud au casque | 20.4.14 :




