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Je ne sais pas pourquoi Luigi n’est pas avec moi aujourd’hui je rentre toute seule de l’école Luigi n’est pas mon amoureux il n’est pas mon ami nous ne sommes pas amoureux nous ne sommes pas amis nous avons sept ans je ne sais pas exactement ce que Luigi est pour moi je ne sais pas ce que je suis pour lui nous sommes unis nous sommes Ă©troitement liĂ©s par un chien il s’appelle Rocky c’est le chien de Luigi il faut bien se rendre compte de ce qu’est le chien d’un petit garçon de la campagne Rocky est le chien de Luigi mais Rocky a commencĂ© un jour Ă  venir manger chez moi il a pris double ration puis il a commencĂ© Ă  dĂ©coucher pour dormir sur le pas de ma porte il a dĂ©cidĂ© de commencer une deuxiĂšme vie il traverse tant qu’il veut le champ qui nous sĂ©pare il passe de chez Luigi Ă  chez moi comme si ce champ de blĂ© n’était qu’un corridor privĂ© je caresse Rocky je le nourris je m’endors sur son corps de grand chien son poil roux est rĂȘche et pas trĂšs propre Rocky est dĂ©jĂ  un vieux chien il ne souhaite pas jouer il souhaite se nourrir et dormir il souhaite ĂȘtre caressĂ© longuement et tout en double il me regarde jusqu’à ce que je comprenne enfin que je dois le suivre dans le blĂ© jusque chez Luigi la bienveillance de Rocky sa fidĂ©litĂ© absolue malgrĂ© son Ă©trange train de vie ne peuvent ĂȘtre questionnĂ©es je suis Rocky dans le blĂ© j’arrive chez Luigi puis Luigi revient avec Rocky dans le blĂ© jusque chez moi voilĂ  ce qu’est notre lien Rocky a tout dĂ©cidĂ© il nous a guidĂ©s ce chien nous a faits.

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C’est le directeur je travaille en cuisine dans son restaurant il porte au poignet la montre cassĂ©e que son pĂšre portait le jour oĂč il s’est dĂ©fenestrĂ© il a un lĂ©ger bĂ©gaiement ou plutĂŽt une hĂ©sitation avant chaque mot qu’il ne prononce qu’à regret et comme en s’en excusant il me donne deux cents francs un soir aprĂšs le service puis il recommence puis il me donne chaque soir deux cents francs j’accepte il m’invite chez lui j’accepte il me demande de coucher avec lui j’accepte il boit sytĂ©matiquement il a peu d’ardeur sexuelle s’il en a jamais eu j’accepte il habite rue du PĂ©lican il fume le cigare il ressemble Ă  Jacques Dutronc il porte cette vieille montre arrĂȘtĂ©e j’arrive Ă  voir beautĂ© lĂ  oĂč il n’y en a pas je sais fabriquer seule ce qui manque Ă  la relation et ce qui me manque et ce qui manque Ă  cet homme il y a forcĂ©ment beautĂ© cachĂ©e dans son contraire je sais trĂšs bien combler les vides mon pouvoir est grand et mon Ă©nergie sans limite car cette absence de beautĂ© continue Ă  mes cĂŽtĂ©s ne peut pas ĂȘtre cet homme avec qui je ne pourrais accepter d’ĂȘtre chaque soir il me donne deux cents francs chaque soir il boit chaque soir j’aime regarder par sa fenĂȘtre d’autres toits que de chez moi je me dĂ©payse dans toute frĂ©quentation je ne me souviens d’aucune parole Ă©changĂ©e un soir il me gifle du revers de la main mon nez saigne et enfle il m’enferme chez lui jusqu’au matin je rentre chez moi j’attends des jours avant d’aller Ă  l’hĂŽpital mon nez doit ĂȘtre recassĂ© je porte cette croix en plĂątre sur le visage j’aime voir dans le regard des gens que je croise la totalitĂ© des scĂ©narios qu’ils imaginent en quelques secondes j’ai donnĂ© mes clefs au directeur je lui ai demandĂ© de nourrir la chienne et la chatte il tenait la cuvette pendant que je vomissais les phalanges de sa main droite Ă©taient bleues cette armure sur le visage m’a souvent manquĂ©.

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avant je regardais les hommes maintenant je regarde leurs cheveux leurs dents leurs ongles les pores de leur peau quand j’ai croisĂ© leur regard je regarde leur peau je n’attends pas de surprise je ne parle pas des garçons et je ne parle pas des pĂšres je regarde la peau des hommes-clients Ă  l’Ɠil microscopique ils ne sont plus des garçons depuis longtemps ils sont parfois devenus pĂšres mais mĂȘme devenus pĂšres certains ne le sont pas ils restent coincĂ©s hommes-clients ils n’ont pas de peau de klute ils n’ont pas d’odeur de klute car une odeur de klute sort par le col de chemise et le plus souvent sent savon ou lessive et sueur bonne au nez une odeur de klute sent la peau seule mais ces hommes n’arrivent pas Ă  changer de peau ils n’essaient mĂȘme pas ils sont collĂ©s Ă  leur peau d’hommes-clients comme les animaux sont collĂ©s Ă  leur peau mais les animaux n’ont pas le choix j’offre le choix Ă  ces hommes maintenant je peux les faire Ă©chapper de leur peau maintenant il est certain que ces -clients mĂ©ritent de mourir il est Ă©vident que seule la mort les libĂ©rerait je pourrais les y aider

stand straightStand Straight 60 euro piĂšce, 2005 – Le Nouveau Recueil n°56, 2000

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