EN SONS

EGO


on ne cherche pourtant pas à parler autrement on semble accepter notre parole comme on accepte notre voix on apprend des mots parfois on attrape une expression comme un virus on laisse un message sur le répondeur et c’est toujours le même je n’ai qu’un seul message de chacun de mes interlocuteurs c’est toujours très exactement le même qui dit qui il est dit bonjour dit comment ça va dit ce qu’il a à dire dit aurevoir dit les mêmes je t’embrasse avec les mêmes intonations comme il est possible qu’il les dise à d’autres mais surtout ne les dit jamais autres ça me frappe maintenant ça me serre le cœur maintenant que je viens d’effacer les noms du répertoire de mon téléphone je ne voulais plus les tenir serrés dans l’alphabet je ne voulais plus ces noms morts c’est ce que je croyais imbécile je ne voulais qu’avoir la surprise de ne pas savoir qui m’appelle et peut-être aurait-on eu une chance de se surprendre par le seul anonymat imbécile et naïve qui pourtant ne croit pas aux revenants le répondeur c’est normal qu’il dise toujours la même chose mais les appelants ils sont vivants pourquoi ne pas parler autre que soi et pourquoi ne pas même essayer soi et toi et moi je m’écoute je m’entends je me répète je me répète j’attends ça aussi de ma propre parole j’attends de finir par parler autre parce que j’aurais fini par penser autre par sentir autre comme vouloir si fort écrire autre qui aide à surveiller ça mais au contraire aide de moins en moins à accueillir la parole de qui ne va pas vriller est-ce écrit d’avance ne va pas me renverser ne va pas me tenir au bout de sa lance à incendie ne va pas me prendre par surprise et qui me surprendrait qui m’arracherait du sol où je me tiens aux fers sauf un revenu d’être mort ayant fini d’être mort et après deux dizaines d’années ferait entendre tout le nouveau de lui que j’aurais manqué et tout alors tout le temps à venir serait autre

LA TAILLE DES HOMMES


j’étais pressée d’en finir ce qui caractérise les jusquauboutistes quand ils n’en peuvent plus j’ai fait ça entre autres avec ‘La Taille des hommes’ ce livre épuisé avant d’avoir vécu des suites de l’union parfaite entre l’ambition urgente que j’avais de m’en débarrasser et le type d’ambition de l’éditeur en généraldans ce mariage malheureux la plupart de mes livres sont restés des livres bien que certains soient à présent pilonnés pour libérer l’argent qu’ils coûtent à n’être qu’en piles dans un hangar mais ‘La Taille’ après avoir subi un abandon aveugle de ma part a continué vers son destin cruel avec une liquidation de l’éditeur une renaissance de l’éditeur la maladie de l’éditeur et elle n’existe plus désormais qu’à l’état de 80 exemplaires dans un carton caché quelque part je ne sais toujours pas oùen toute logique j’aurais dû finir de l’emprisonner ici dans C’EST FINI or j’ai beaucoup tardé et traîné parce que c’est pas fini

c’est aussi à cause de l’espèce de mini rumeur qui l’entoure et qui me perturbe parce que qu’est-ce qui leur a tant plu aux quelques centaines de lecteurs à part le premier monologue qui s’appelle ‘La Taille des hommes’ et où il est fatalement question à un moment de la taille du pénis puis de l’orgasme humain qui si j’en crois les expressions et locutions utilisées pour en parler et même pour m’en parler semblent avoir fait oublier aux qq centaines qu’il s’agit là d’un texte écrit qui ne fait pas que dire bite baise queuele deuxième monologue aussi existe d’avoir été publié à part et lu lu lu en public en dialoguant avec Virginia sauvée de la noyade et dans ce ‘tout ce que je veux’ qui est ma petite tragédie tout le monde rit tout le temps au même endroit sans que je comprenne non plus exactement comment on en est arrivés là – mais il y a dans ce livre quatre autres monologues ils s’appellent ‘Mustang’ ‘Patate Fille’ ‘Non’ et ‘Indiens’ qui ne contiennent ni orgasme ni suicide ni rien que j’aie exhibé en public ce sont des textes tenant le point d’équilibre des monologues droits dans leurs bottes et sans peur mais sans femme morte sans blague et sans bite alors

des hommes

alors je voudrais bien recommencer et rééditer cette taille comme le ver de terre se réédite au printemps grâce à la taupe qui avant de manger son corps durant le dur hiver a pris soin de sectionner sa tête et de la stocker à l’abri du gel de façon qu’il se régénère aux beaux jours et réédite son corps car c’est le corps pas le cerveau du ver que la taupe mange pour qu’une nouvelle publication lui permette de se nourrir à nouveau etc. et je suis la taupe aveuglée et je suis le ver renouvelable je suis ce couple de dessous la terre et nous savons ce que nous savons faire

Virginia scrute











‘lis pas empressée’


Lucie Clair a lu les monologues pour ‘Le matricule des anges’
et Denis Leduc sur Radio Antipode