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TON STYLE


Dans un salon du livre jeunesse où j’avais été invitée à la dernière minute certaines organisatrices me regardaient d’un mauvais œil et je croyais que c’était pour une ou deux raisons que je pouvais nommer et je me disais Tais-toi espèce de paranoïaque mais j’ai su au moment de partir que certaines organisatrices voyaient d’un mauvais œil que je puisse avoir écrit ‘La Taille des hommes’ et ‘être là’.

Je me suis souvenue récemment d’une jeune femme au long cou sur ce salon. J’avais déjà remarqué que les femmes au long cou en sont généralement fières, je me disais ça doit être à cause du cygne et de la grâce et de Boticelli n’étant pas moi-même portée vers la beauté canon et n’appréciant pas ces cous forcément un peu goitreux, mais je voyais bien que lorsqu’on avait un long cou on se devait de le tourner en tous sens, on l’exhibait, on n’essayait pas de se le raccourcir au contraire on avait par exemple des décolletés bateau qui le faisaient saillir encore plus et il semblait qu’on tournait la tête davantage que les femmes au cou de taille normale etc. puis je me suis souvenue de cette jeune femme au long cou sur le salon du livre qui tournait la tête chaque fois que j’étais dans son axe et j’ai compris qu’elle me montrait sa nuque en pensant aux choses sexuelles que j’avais écrites alors que je travaillais avec des petits de maternelle et je me suis demandé ce qu’elle faisait de son sexe elle, à part montrer son cou et surtout sa longue nuque. Que fais-tu de ton sexe toi, jeune Johnny blonde au long cou ? Qu’est-ce ce qu’on fait de son sexe par où peut aussi sortir l’enfant quand on est munie d’un cou érectile. Tel membre est forcément difficile à porter et je ne devrais pas y voir ce signe flagrant de pruderie fausse, de grâce forcée. Mais je ne suis pas paranoïaque et tout des pensées de ces femmes au long cou m’a semblé pas net à la minute où j’ai vu clair dans leur truc de mère geisha.

clv dolls‘brad pitt’ & ‘une ptite pipe’ – collection privée – 2009

clv mon chien et la paixclv mon chien entend bien ‘Mon chien et la paix’ & ‘Mon chien entend bien’  – 1999 & 2009

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Avez-vous déjà regardé sous un pont ? Je ne parle pas depuis une gondole ou une péniche, pas un pont sur l’eau un pont sur la route. Je ne parle pas non plus depuis le pont comme un simple piéton qui regarderait l’eau passer sous le pont. Je ne parle pas du tout de romantisme je parle d’être à l’intérieur du pont qui fait un tunnel et nous déjà coincés dans le mini tunnel de notre automobile nous voilà pris dans le long tunnel du pont qui est immobile. Si vous levez le nez vous verrez que le plafond du pont-tunnel est rayé. Peu avant l’entrée se trouve un gros panneau pour les pilotes aveugles, hauteur maxi tant, avec mon engin je n’ai pas vraiment besoin de surveiller en hauteur c’est plutôt la longueur que je tiens à l’œil, mais même si je ne le lis pas je le vois ce panneau-là, il est gros, et rond, et rouge, il vient presque en avertissement sonore avant un autre qui lui indique la longueur dudit tunnel, mais juste à l’entrée, quand il n’est plus possible de faire demi-tour. Je ne sais pourquoi ce panneau-là qui dit la longueur, c’est-à-dire tout de même la distance à franchir dans le noir entre deux points d’air et de lumière, pourquoi ce panneau est bleu, carré, quasiment en lettres cursives accompagnées du joli dessin d’un pont romain tant qu’à faire, il se garde de dire longueur totale tant, il est de la même espèce que ceux qui donnent le nom des rivières ou suggèrent qu’un point de vue panoramique vaut le détour, il est bucolique ou insignifiant, c’est très inapproprié. Comme si la longueur importait moins que la hauteur. Comme si on ne pouvait rester bloqué que dans sa hauteur et ne pas être paralysé à mi-course tant ce tunnel est profond. Et quand on s’en sort un autre panneau vous nargue qui dit que ce tunnel est terminé. Ce prétendu code de la route est d’une injustice d’autant plus frappante que précisément la plupart des plafonds de tunnels sont rayés. Il me semble que si j’étais un routier, si j’étais un transporteur un TIR un vrai camionneur un gars costaud une sorte de caïd à ma façon même sans être hors gabarit j’y regarderais à deux fois avant de me lancer, eh bien non. Les gars ils pénètrent. Ça coince dès l’entrée, ça racle, ça abîme le pont ça ne passera pas le tunnel ça abîme même le camion mais ils foncent les cons, ils y vont. Chaque fois je me dis Les cons. Puis je me dis Quelle importance aplatir son camion abaisser son plafond. Ils n’allaient pas restés plantés là, ils n’allaient pas faire demi-tour devant un simple tunnel à simplement traverser, ils savaient certainement où ils allaient ces gars ils avaient certainement un plan de route, et ce camion ne leur appartenait certainement pas, quelle importance abîmer et le camion et le tunnel. Risquer de rester coincé ou risquer de ne pas y aller.

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Vous avez remarqué comme le temps passe vite à partir, à partir de certaine chose qui a eu lieu à un certain moment le temps se met à défiler à grande vitesse il semble qu’on est toujours demain et qu’en plus le passé s’éloigne, le temps passé où l’on découvrait tout, le temps où certaine chose n’avait pas encore eu lieu se met à reculer de façon effrayante comme s’il bougeait aussi ce temps-là. Ai-je parlé d’escalier à propos du temps ? De bicyclette ? C’est un tgv désormais et je doute qu’on demande aux écoliers de calculer à quelle vitesse on se déplace si l’on tente de remonter à contre-courant ce train qui de toute façon vous tient porte close puisque il n’y a plus de train il y a des unités, qui s’appellent rames, et vous appartenez le temps de votre voyage à une unité-rame où vous pouvez boire manger charger vos appareils portables et faire vos besoins et seul le contrôleur du moins je l’espère a la clef pour passer d’une rame à l’autre mais pas vous, vous vous restez à votre place numérotée en subissant l’accélération violente du temps au sein d’une unité où vous avez réservé à prix fort votre place. Vous croyez que c’est une métaphore ? À de rares exceptions près et seulement avec l’aide d’un bandeau sur les yeux et de bouchons d’oreilles, je ne prends plus de tgv depuis plus de vingt ans. J’ai sacrément cessé de réserver ma place, métaphore.

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ABSENCE DES COWBOYS : PAGE 21


C’est un jour où le sol est mouvant, mes jambes s’enfoncent à chaque pas, les trottoirs ne sont pas d’aplomb, ni les murs. Je marche vingt mètres je croise une vieille femme édentée, chaque vingt mètres une vieille femme édentée pourrait tendre sa main vers moi. Et ça n’arrête pas. Le ciel n’arrête pas de manœuvrer non plus, un défilé de nuages nerveux dans l’espace réduit par mes paupières. Tout bouge tout le temps, avec le vent, la température, la lumière. Et ma tête, avec dedans le mal de cœur. C’est un jour comme ça et je dois grimper au neuvième étage d’un immeuble que les Allemands ont oublié de bombarder. 9 fois 16 marches molles. Mes haut-le-cœur du rez-de-chaussée 144 fois essorés et je ne peux pas me retrouver transportée dans un lieu où tout ça cesserait immédiatement. Dans la cour d’une ferme. Sur le ventre d’une mère. Je ne peux pas. Je peux vomir au sixième étage. Je peux m’allonger au septième. M’asseoir au huitième. Regarder l’écran de mon téléphone en me rappelant les messages d’amour qu’il a affichés pour moi. Certains sur le moment me semblaient un peu puérils un peu vains, certains étaient drôlement fagotés, quelles drôles d’idées s’emparent des garçons quand ils tournent leurs compliments, certains étaient de jolis petits mensonges amoureux. D’autres avaient la puissance d’une horde de chevaux sauvages. Au neuvième étage ils cavalent sous mes yeux comme si j’étais debout à l’arrière du camion avec Marilyn. Il est impossible de ne pas tout faire pour sauver ces chevaux, impossible ne pas comprendre ça. Sans même l’aide du cowboy tendre je libérerai les chevaux sauvages, sans même avoir à me battre contre l’autre cowboy, celui qui veut voler aux chevaux leur puissance. Lorsque je frappe à la porte mon cœur bat très vite.

coeur