3 AOĂT
AXEL BOGOUSSLAVSKY
Bogousslavsky dit que Duras chauffait sa maison quand elle nâĂ©tait pas lĂ pour rĂ©chauffer un grillon quâelle avait mis dans un aquarium avec des herbes
il dit quâune journĂ©e entiĂšre elle nâĂ©tait occupĂ©e que par un chat qui Ă©tait malade
il dit quâen rentrant dâun spectacle en voiture elle ne faisait que parler des rambardes et des voitures et de ce quâelle voyait par la vitre
il dit âon ne tournait pas de film on faisait notre vieâ
il dit quâun jour pendant la rĂ©pĂ©tition dâune piĂšce il ne savait pas quoi dire elle lui a dit âdis ce que tu veuxâ
il dit quâun soir elle lui a dit âmais Axel quâest-ce que tu fais lĂ tu marches comme un comĂ©dien ?â
ça me comble
CLVIS : METS TON CASQUE
clvis c’est avec Isabelle Stragliati
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(Girl – At the Bottom of the River – extraits – Jamaica Kincaid)
les pops de ‘mets ton casque’ ont Ă©tĂ© diffusĂ©s sur Take You There Radio
QUI A UN CORPS
le silence qui a un corps massif et un regard mauvais nâest pas restĂ© Ă la maison il mâa suivie jusque dans la voiture jâai choisi de lui dĂ©crire Ă voix haute lâĂ©motion qui a un corps exercĂ© Ă bondir et se tient toujours prĂȘte Ă bondir malgrĂ© ce que je crois ĂȘtre mon injonction Ă sâĂ©craser je me suis dit mĂ©fie-toi elle est toujours lĂ mĂȘme quand tu ne la vois pas elle est dedans il faut accepter que tout ce qui est dedans nâest pas amical et nâest pas tranquillisant quelque chose dedans veut te bondir par la gorge tu dois le savoir tu dois te tenir prĂȘte et puisque tu ne sais pas manier le lasso Ă©carte-toi
la maĂźtre-nageuse mâa fait faire des longueurs avec des consignes dont mon corps disait quâil nâĂ©tait pas capable de les exĂ©cuter et moi aussi je le disais je disais je ne peux pas elle disait tu peux et au finale elle avait raison câest Ă la fois encourageant et dĂ©stabilisant dâabord se promener partout avec une Ă©motion qui cherche Ă vous faire la peau puis avec un corps beaucoup plus endurant que la sensation quâon en a tout ça nâest pas loin dâune sorte de malentendu sur soi ou pire dâune terrible mĂ©connaissance de soi
jâai repris la voiture en suivant un de mes nombreux itinĂ©raires bis pour rejoindre la ville oĂč il me fallait impĂ©rativement mâapprovisionner en herbes ce que jâai fait en notant une fois de plus que je bafouillais et que les mots me manquaient je cherchais Ă dire Jâai plus dâun tour dans mon sac mais ce qui me venait avait Ă voir avec frein ou foire puis il y a eu une pause et jâai cru avoir remis la main sur lâexpression cherchĂ©e mais alors jâai dit Je garde une carte dans la manche
jâai voulu faire bonne figure et puisque jâĂ©tais Ă la ville je devais en profiter pour faire dâautres achats mais je regardais la liste de commissions en me souvenant de celles de ma mĂšre qui les notait sur les cartonnettes grises des tablettes de chocolat que mangeait mon pĂšre quelquefois ils sâĂ©crivaient des mots tendres ou pas sur ces cartonnettes tandis que jâutilise des Ă©preuves de textes coupĂ©es en quatre dont les extraits au dos des listes de commissions me surprennent toujours comme des espĂšces de mots tendres ou pas venus de moi mais uniquement par accident je nâai rien souhaitĂ© exĂ©cuter de toute la liste je me suis offert un goĂ»ter mais jâai choisi un muffin et je nâaime pas les muffins ni les cookies ni rien qui tout Ă coup a cessĂ© dâĂȘtre un gĂąteau ou un biscuit ou mĂȘme un cake en toute chose je continuais dâagir sans me connaĂźtre dans un grand relĂąchement que jâattribuais aux exercices nautiques autant quâĂ mes sermons automobiles car les deux avaient contribuĂ© Ă mâĂŽter lâidĂ©e que je contrĂŽlais quoi que ce soit
il me restait une heure avant la sĂ©ance de cinĂ©ma jâai continuĂ© de prendre une dĂ©cision dĂ©sĂ©nergisante en mâasseyant sur un banc dans un square au pied dâun immeuble dâune des villes pĂ©riphĂ©riques quelque chose Ă©tait rassurant de cette bonne vieille citĂ© populaire Ă ma gauche il y avait la poste et des poubelles sur une espĂšce dâaire goudronnĂ©e que des gens traversaient pour aller Ă la poste et devant moi au pied de la barre dâimmeuble il y avait les jeux dâenfants
pendant une heure autour de moi un adolescent trisomique a fait voler un avion de papier six nourrices ont parlĂ© entre elles sans se soucier des moins de trois ans quâelles gardaient les moins de trois ans Ă©taient spĂ©cialement pĂąles et malingres et peu toniques ils se regardaient ou ils regardaient les pigeons derriĂšre la grille au bout de lâaire goudronnĂ©e Ă cĂŽtĂ© des poubelles un homme ivre a urinĂ© longtemps tenu serrĂ© par une femme maigre puis ils ont titubĂ© longtemps puis il lâa insultĂ©e trĂšs fort les nourrices commentaient sans que je comprenne ce quâelles disaient puis il y a eu un autre homme puis un petit groupe ils ont couchĂ© lâhomme Ă terre il rugissait comme une bĂȘte en train dâagoniser un chien un fauve une vache ça a durĂ© longtemps jâai souhaitĂ© me confier Ă une passante maigre et grise sans plus ses dents elle ne mâa pas entendue deux hommes sont venus rĂ©cupĂ©rer leur moins de trois ans les nourrices se sont toutes levĂ©es il nâest pas possible de dĂ©crire lâagencement de leurs coiffures et de leurs vĂȘtements deux hommes ĂągĂ©s sont venus faire tourner un groupe Ă©lectrogĂšne une femme grasse sâest assise Ă cĂŽtĂ© dâeux avec un gros chien jaune lâhomme couchĂ© dans sa pisse au pied des poubelles a cessĂ© de rugir peu Ă peu par grappes ils ont tous disparu


