ALLIÉS

FRONCE


je n’avais pas vu mon voisin et sa fausse particule celle de la Péninsule depuis la dernière neige pendant que je ne le voyais pas il a maigri il a pris le visage de l’homme malade sa pelle à neige est toute neuve sa voiture est toute neuve avec son visage d’homme malade il se dépêche de déneiger la voiture de sa femme qu’il appelle madame c’est difficile de ne pas penser aux femmes de la Péninsule qui comptent sur des hommes même vieux et malades pour déneiger à temps leur automobile c’est difficile de ne pas désirer de nouveau que le partage des tâches m’advienne de nouveau mais c’est impossible d’imaginer de quelles tâches je m’acquitterais sans retourner à la Péninsule sans devenir madame ni perdre mon visage

le postier du village d’à côté est plié dans un gros rhume et une étrange veste en laine ici les postiers ont fini d’être désespérés ils ont plié le postier plié du village d’à côté fait ce qu’il faut pour qu’une lettre suivie se retrouve suivable il ressemble à une lointaine photocopie du postier de la poste de mon village qui a fermé il ressemble à Abel Abel n’avait jamais de rhume il sentait toujours le vin il ne portait jamais de veste en laine façon chasuble il se dressait toujours par-dessus le guichet il me parlait toujours très déplié

trouver les meilleures oranges au meilleur prix est désormais facilité par la profusion de magasins d’alimentation biologique dans l’agglomération cossue lorsque je pénètre ces magasins biologiques profus je me sens être la femme la plus joyeuse de l’agglomération ils possèdent en Calabre des parcelles où croulent sur l’arbre les tonnes d’oranges dont je me nourris en continu l’homme qui s’occupe des fuits et légumes lui aussi souriait il souriait volontiers avec moi en parlant avec moi des citrons de Calabre les citrons sont gros comme mon genou ils arrivent verts tant qu’ils n’ont pas pris froid puis ils deviennent jaunes sous vos yeux mais l’homme des fruits et légumes a fini par prendre ma passion pour les agrumes de Calabre pour du rentre-dedans et malheureusement il s’est fermé heureusement aujourd’hui à la caisse un restaurateur marocain m’a remis sa carte après qu’on avait ri ensemble car rire aussi est ambigu sauf avec quelques personnes que par effet de gratitude enchantée on souhaite alors embrasser sur la bouche c’est ambigu

à la sortie des caisses libre-service du supermarché qui est le dernier endroit que j’ai trouvé où trouver des ampoules qui économisent les yeux plutôt que l’électricité j’ai sonné j’avais acheté un pantalon noir ourlé de fil d’argent qui avait un anti-vol m’a expliqué le vigile avec des manières d’un autre temps autre continent et des mots que nous avons prolongés au-delà de la nécessaire explication en jouant tous deux un épisode remarquable de la vie de ce supermarché qui venait magnifier la vie de l’agglomération qui venait magnifier ma vie ce jour de courses de février 2015 où les seules paroles humaines me sont revenues d’hommes dont aucun n’a ses ancêtres enterrés ici en Fronce